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Contacts directs avec le public

je dois confesser que, en règle générale, sauf pour les correspondances qui me sont adressées, soit via mes éditeurs, soit via le présent site, je ne recherche pas particulièrement le contact avec les lecteurs et que je ne suis en général guère friand des événements littéraires publics.  
Je n'ai pas gardé un souvenir impérissable de ceux auxquels j'ai été plus ou moins contraint d'assister. J'aurais néanmoins peut-être dû en conserver trace sous forme d'un compte-rendu, de la même manière que je je m'efforce de le faire pour mes passages à la TV ou à la radio ? En attendant de revenir en arrière, par exemple sur la manière dont j'ai vécu, en tant qu'auteur participant, un salon du livre de Paris ou une fête de Radio Courtoisie, j'ai décidé de dorénavant mettre noir sur blanc mes impressions lors des rares fois où j'accepte des invitations de ce genre.
 
 
Mes voisins sont des auteurs.  
Ainsi s'appelait l'animation organisée par la Bibliothèque de Viroflay le samedi 5 décembre 2009. Le principe est simple : inviter une dizaine d'auteurs, connus ou inconnus, résidant tous à Viroflay et ayant publié, en 2009, chez un éditeur indépendant, pour une séance de  « speedbooking » et de dédicaces, genre mini salon du livre... 
Honnêtement, en ce qui me concerne, ce genre de manifestation n'est pas ma tasse de thé et je me paye généralement le luxe de refuser d'y participer... sauf circonstances exceptionnelles. Par exemple, récemment, j'ai décliné une invitation sur un plateau TV qui, portant sur un de mes anciens livres, aurait nécessité trop de préparation. Bref, dans ce cas particulier, quand la bibliothèque municipale fait mentir le dicton selon lequel nul n'est prophète en son pays, cela aurait été à la fois discourtois et illogique de refuser d'y participer !  
Le speed-booking ? Que signifie ce terme franglais ? En voici la définition donnée par Albane Lejeune, Directrice adjointe et responsable des actions culturelles de la bibliothèque : « Il s'agit de parodier le fameux concept du speed-dating qui permet de faire des rencontres nombreuses en un temps court : on change d'interlocuteur toutes les 10 minutes. Ici, l'objectif n'est pas de trouver l'âme sœur (ou alors c'est un effet induit!!!) mais d'avoir 10 minutes pour convaincre son interlocuteur de lire le livre dont on lui fait l'article. (...)  D'expérience, le speed-booking est un concept très ludique car interactif, qui renouvelle un petit peu le traditionnel échange autour des livres. ».  
On notera toutefois qu'il y a là une variante du système : en principe, le « vrai » speedbooking est celui où un lecteur tente de convaincre une ou plusieurs autres personnes de lire un livre qu'il aime particulièrement. Dans le cadre proposé, il s'agissait, pour chaque auteur, de faire l'article pour ses propres livres ! C'est tout de même un peu différent... 
Je dois dire que, nonobstant le plaidoyer « pro domo » que Madame Jacquinet, la Directrice de la bibliothèque prit la peine de me faire un beau jour, je restais quelque peu sceptique... À juste titre, d'ailleurs, mais n'anticipons pas ! 
Toujours est-il que le samedi 5 décembre, je me suis retrouvé faire partie d'une petite dizaine d'auteurs viroflaysiens auxquels on a donné rendez-vous à 13h45. Tout ce petit monde est aimablement invité à prendre café et/ou collation dans la salle de réunion des bibliothécaires. Madame Jacquinet est la parfaite hôtesse qui, très « pro », sait mettre ses invités à l'aise et les prendre, en tant que de besoin, dans le sens du poil !  
Seuls manquent à l'appel MM Gravé et Boulbar. Les « stars » de ce mini-show préalable sont plus particulièrement Dominique Veillon et Michel Goujon. Ce dernier est un homme du sérail de l'édition puisqu'il est Directeur des Éditions France Loisirs et ce n'est pas lui faire injure que de dire que cela se voit et s'entend ! Quant à Dominique Veillon, historienne, ex-directrice de recherche au CNRS, c'est une figure féminine haute en couleurs dont le franc parler fait qu'elle doit être cordialement détestée par les uns et beaucoup plaire aux autres. Je dois dire que j'aime plutôt. Sa « présence » est indéniable. Pascale Perrier, auteur de livres pour enfants semble aussi assez introduite dans ce microcosme éditorial.  
J'écoute – je parle peu – avec intérêt et une pointe d'amusement. Je me suis en effet aperçu que – sauf bien naturellement les bibliothécaires – je semble être la seule personne présente à avoir eu la curiosité de se « tuyauter » sur les autres participants. En particulier, toujours friand de données chiffrées, je me suis rendu sur le site d'amazon.fr pour voir où en sont les ventes de chacun de ces auteurs. Le palmarès est clair : Dominique Veillon est largement en tête pour son dernier livre, suivie d'assez près par Vincent Gravé et Boulbar pour leur BD. Il faut dire que, pour son Résistance : histoires de famille, paru en octobre, elle a déjà procédé à une bonne quinzaine de séances de signatures ! Je précise qu'elle ne se met pas en avant en en parlant : elle ne fait que répondre à la question directe que je lui ai posée. De même, apprend-on que ses livres de mode ont été tirés plusieurs fois et traduits en anglais et en maintes autres langues dont le coréen en attendant le japonais ! Bref, c'est une véritable « pro » et une pro qui me paraît engendrer la sympathie. Le reste du peloton – moi y compris – est dix à 20 fois moins bien placé qu'elle (ou pire encore) !  
Et Michel Goujon ? Mme Jacquinet lui demande s'il a d'autres projets et il dit travailler à un nouveau roman qui se passerait à Berlin vers 1935/1936... vaste programme. J'ai lu son bouquin, La Madrague. À mon humble avis, il se lit facilement, mais ne correspond guère à la critique qu'en a fait Le Point : « Michel Goujon n'écrit pas dans l'esbroufe. En empathie avec son personnage, il signe un roman sincère dont les enjeux trouvent d'étonnantes résonances contemporaines. ». Cet auteur/éditeur affirme qu'il avait envoyé son manuscrit à une demi-douzaine d'éditeurs sous un pseudonyme et n'avait révélé son identité que quand Liana Lévi l'avait appelé. Certains semblent accueillir son affirmation avec, disons, circonspection... Après tout, qui sait ? Et si c'était vrai ? Comme dit un titre de Marc Lévy !  
J'ai aussi parcouru plusieurs livres de Pascale Perrier, ex-enseignante, qui présente ses œuvres dans de nombreux établissements scolaires ; je fais un impair quand je remarque (je le pense !) que ces dernières me paraissent très bien convenir jusque vers 11/12 ans ; elle a un haut-le-corps : d'après elle, cela va jusqu'à 15ans... Gloups, la gaffe ! J'ai aussi vu les livres de Richard Unglik qui mettent en scène des personnages de Playmobil ; c'est original et sympathique. Quant aux BD de Gravé et Boulbar, je dois avouer que je n'ai pas réussi à « entrer » dedans... c'est sans doute trop artistique pour moi... Des goûts et des couleurs : justement, leurs BD sont monochromes, ce que, personnellement, j'apprécie assez peu. Il y a aussi Marie-Hélène Roméo pour son Chant des Coquelicots dont je connais le thème sans l'avoir encore lu. Enfin, dans un genre beaucoup plus spécialisé, il y a Marie-Christine Foix qui a écrit un guide didactique L'art d'apprendre à écrire. Tout un programme... 
Mais l'heure tourne et il est temps de regagner l'espace public de la bibliothèque ! Des présentoirs, stratégiquement placés, forment une sorte de chicane par laquelle les lecteurs de la bibli doivent passer pour gagner les rayons du RC ou du 1er étage. Ainsi, ils ne peuvent pas manquer de remarquer, sur une table ronde et des étagères basses, les livres des auteurs présents ! Ça, c'est du merchandising !  
Et les auteurs ? Ils ont été répartis en fonction de l'espace disponible. Très logiquement, Richard Unglik, avec ses Playmobils, a été placé à l'entrée du rayon Jeunesse. Il y en a certains qui ne sont pas contents avec leur positionnement ! Je suppose que c'est inévitable... En particulier, Michel Goujon et Pascale Perrier squattent, du moins temporairement, l'espace magazines théoriquement réservé aux fameux speed-bookings... Je rigole intérieurement en pensant au scandale qu'ils auraient fait s'ils avaient été placés là où je suis : en retrait, au milieu du rayon musique, très peu visible pour les visiteurs ! Boff ! Quelle importance réelle dans la mesure où les livres, eux, sont tous bien exposés ? Ceux ou celles qui veulent trouver les auteurs et discuter avec eux sauront se débrouiller comme des grands !  
Ah ! Parlant de livres, je m'aperçois que mon roman, Le Pharaon du bout du monde n'est pas présent à la « sainte table ». J'interroge l'efficace libraire qui assure le côté « commercial » de l'animation : il était tout bêtement resté dans les cartons et l'oubli est réparé. 
À part Richard Unglik qui, dès qu'il est installé, est littéralement pris d'assaut par gamins et parents de manière fort sympathique, cela démarre très doucement. Les bibliothécaires s'en sont rendu compte et, en hôtes et hôtesses consciencieux, circulent parmi les auteurs en bavardant avec eux pour « occuper » le terrain. Là aussi, en connaisseur, j'apprécie leur performance à sa juste valeur : c'est fort bien fait... 
Je profite de ce temps mort pour distribuer la mini-brochure présentant mes livres auto-édités à mes « confrères et consœurs » avant d'en faire autant auprès des visiteurs qui passeront à portée de main... Je discute un peu avec Dominique Veillon et plus longuement avec Marie Hélène Roméo pour la faire parler de son roman ; elle avait expliqué, lors de la réception, qu'elle en avait situé l'action à Brignolles et qu'elle avait dû se rendre sur place longuement pour s'imprégner des lieux. Cela m'avait surpris, car elle a un léger accent méridional : en réalité elle est originaire d'Algérie où elle a vécu jusqu'à sa quatorzième année et elle ne connaissait pas Brignolles qu'elle avait choisie au hasard en pointant sur une carte ! Manifestement, elle n'est pas comme Robert Merle qui avait écrit l'Île sans jamais mettre les pieds en Polynésie ! Son prochain roman commencera en Calabre ! De belles vacances en perspective je suppose ?! 
Entre-temps, Vincent Gravé et B. Boulbar sont arrivés, avec pas loin d'une heure de retard ! D'autorité, ils ont déplacé la table que nous sommes censés partager afin d'être plus visibles ! Ils ont trente ou trente-cinq ans, sont sympathiques, même s'ils donnent la curieuse impression d'être dans un monde un peu à part. Ils semblent avoir du succès et, lors de chaque vente, en guise de dédicace, Vincent Gravé – quel nom prédestiné pour un dessinateur de BD ! – compose une illustration complète. J'observe d'un œil admirateur cette « improvisation ». Je mets des guillemets, car il y a quand même un « truc » : à chaque livre, sa gravure autographe unique. Par exemple, pour Requiem pour un champion, histoire d'un boxeur, c'est logiquement un combat de boxe sur un ring, mais toujours le même...  
Et moi ? Oui, j'ai des visiteurs et des conversations, souvent intéressantes et/ou amusantes, parfois un peu loufoques ; ainsi, il y a cette personne qui se plaint – et il ne plaisante pas ! – parce que le titre d'un de mes livres est Promenades vertes à moins de 30mn de Paris : il aurait fallu préciser que c'est 30mn par le train ou le RER ! Un autre, moins virulent, mais un peu bizarre, genre éternel insatisfait, déclare qu'il ne s'intéresse qu'aux promenades en boucle (mes promenades vont de gare en gare !). Alors, « fine mouche » je l'oriente sur Banlieue plein les yeux: là, il part d'un point fixe pour y revenir ! Ça lui cloue le bec et il va voir ailleurs ; je l'aperçois un peu plus tard sur un autre stand et ai une pensée compatissante pour l'auteur concerné ! Il y a aussi – c'est un grand classique du genre dans toute vente de livres – celui qui s'incruste sans parler et lit carrément un de mes bouquins comme s'il était à la FNAC ! Et je le vois ensuite aller en faire autant ailleurs ! Et puis, il y a ceux qui ne seront pas des acheteurs... car ils sont eux-mêmes auteurs et veulent avant tout parler de leur livre à eux, ce qui est bien naturel. 
C'est d'ailleurs souvent instructif. En particulier, je bavarde avec Michel Jouanneaux, ex commandant de bord d'Air France, qui a commis un livre au titre parlant : Le pilote est toujours devant. Son ouvrage a été vendu à plusieurs centaines d'exemplaires, mais il ne touche aucun droit d'auteur sur le 1er tirage.... Et y en aura-t-il jamais un second ? Peu probable avec ce genre d'éditeur rapace... Un autre auteur dont je me souviens ? Oui : Gérard Robine (j'espère ne pas écorcher le nom) qui va, me dit-il, publier chez Vial un livre sur les motifs architecturaux... Etc.  
Et des acheteurs ? Il y en a quand même quelques-uns qui veulent une dédicace... Curieusement, sauf exception, ce n'est pas avec eux/elles que les échanges, aussi sympathiques soient-ils, sont les plus fournis.  
Le temps passe sans que l'on s'en aperçoive. L'air de rien, sans relâche, en se relayant, les bibliothécaires sont sur le pont et font du « rabattage » ! Madame Jacquinet, Madame Lejeune, Monsieur Simard et d'autres que je ne connais que de vue ou par leur prénom (Magali) sont au four et au moulin...  
J'aperçois aussi des têtes de connaissance et les salue, en particulier Francine Manoncourt, une « ancienne » bibliothécaire que nos enfants et nous-mêmes avons beaucoup appréciée au temps de l'antique bibliothèque tout comme, entre autres, sa consœur Annie Buirette. Elizabeth, mon épouse, passe me voir... brièvement, car, juste au même moment, une visiteuse veut une dédicace !  
Des personnalités officielles ? Je crois, comme les autres, avoir été présenté en coup de vent à Pascale Rocheron, l'adjointe municipale à la culture... Les médias ? Il y a Antenne 2 ! Non, je plaisante, mais les badges qu'arborent les bibliothécaires portent un grand « 2 » (pour célébrer le 2ème anniversaire de la bibliothèque) et pourraient le faire croire !  
Et le speed-booking dans tout ça ? Il n'aura tout simplement pas eu lieu, en tous cas pas sous la forme prévue ! C'est peut-être aussi bien, car il aurait fallu « évacuer » les nombreux lecteurs en train de consulter les magazines et journaux dans l'espace qui aurait dû être celui des speed-bookings ! Cela n'aurait sans doute pas été très bien perçu...  
Il n'est pas loin de 18h30 quand le grand remballage est sur le point de se terminer.  
Les ventes ? Globalement, d'après ce que j'entends dire, elles ont été meilleures qu'elles ne le sont parfois pour les « rencontres pour lire »... Et moi ? Sauf si des achats ont eu lieu sans demandes de dédicaces, je crois avoir vendu quatre ou cinq livres. Curieusement, toujours le même, les Promenades vertes à moins de trente minutes de Paris ; je dis « curieusement », parce qu'au « palmarès » national des ventes d'amazon.fr, il est deux fois moins bien placé que Banlieue plein les yeux ; et pas mieux que Le pharaon du bout du monde...  
En bonus, à chaque acheteur ou acheteuse, j'ai fait cadeau d'un exemplaire survivant de la première édition de Hiking for love (sous un titre différent) : c'est un peu l'application au domaine du livre de la prime à la casse et autres remises de l'industrie automobile !  
L'impression globale finale ? Aux bibliothécaires qui m'ont demandé mon avis, je leur ai dit, avec sincérité, que par rapport à mes autres expériences du genre, c'était celle qui m'avait paru la plus agréable et la plus conviviale. En grande partie, sans aucun doute, grâce à leurs efforts...  

 

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Modifié en dernier lieu le 20.12.2013
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